Dominique Meeùs
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d’économie
Le capitaliste ne raisonne pas sur le procès de production mais sur la valorisation de son capital. Il ne s’intéresse pas à ce qu’une marchandise a coûté en travail à la société mais ce qu’elle lui a coûté à lui en capital. Dans la valeur de la marchandise M = c + v + pl, le capitaliste a dépensé le coût de production c + v (en prix, cela correspond au prix de revient). Pour lui, c’est là la seule vraie « valeur ».
Le capitaliste n’a pas non plus conscience de ce que seul le capital variable rapporte de la plus-value. Il n’a pas conscience que c’est le travail qui crée une valeur v + pl plus grande que la valeur v de la force de travail. Peu importe d’ailleurs qu’il en ait conscience ou non, pour lui ne compte que le capital c + v qu’il a avancé et il estime que cette avance mérite d’être rémunérée par un profit (c’est la plus-value pl) et que plus de capital mérite plus de rémunération. Il compare la plus-value réalisée, non pas comme plus-value rapportée au capital variable, mais comme profit rapporté à l’ensemble c + v du capital mis en œuvre. (Le profit, c’est donc la plus-value vue d’un autre œil.)
Le taux de profit est le rapport du profit pl au capital total C :
| pl′ | = | pl | = | pl |
| C | c + v |
Le capital achète des moyens de production et de la force de travail. Cette division, matérielle, est la composition technique du capital. Exprimée en valeur, c’est la composition-valeur du capital, le rapport c’ = c/v entre capital constant et capital variable. En tant que ce rapport de valeurs est le reflet des modifications techniques (surtout le recours à des équipements plus perfectionnés – et généralement plus coûteux – pour augmenter la productivité), Marx appelle ce rapport composition organique (ou composition tout court) du capital.
Quand on parle de c et de v à propos de valeur et d’exploitation, on parle de la partie de ces capitaux constant et variable que l’on retrouve dans le produit, d’une journée par exemple. Quand on s’intéresse au taux de profit, il faut considérer le capital réellement immobilisé, ce qui dépend de sa vitesse de circulation, du temps qu’il faut pour le récupérer. Si un bâtiment dure 20 ans, on en récupère 1/4 400e chaque fois que l’on vend le produit d’une journée de huit heures. Mais pour commencer cette production, le capitaliste a dû avancer le capital du bâtiment entier. Par contre, il ne doit pas acheter pour 20 ans de matières premières en commençant. Les capitaux investis à long terme, que l’on ne récupère que peu à peu dans la vente du produit, s’appellent le capital fixe, le capital circulant est celui que le capitaliste peut récupérer entièrement au terme d’un cycle de production (moins d’un an). Le capital constant est en partie fixe (bâtiment, machines) et en partie circulant (matières). Le capital variable appartient au capital circulant.
Exemple : un capitaliste investit en capital fixe
Il prévoit d’autre part en capital circulant
parce qu’il pense avoir vendu assez de produit dans le courant du troisième mois pour
Je suppose que le taux de plus-value est de 100 % et la productivité moyenne. (Le temps de travail dans cette entreprise est le temps moyen socialement nécessaire.)
On a (en millions)
| Capital total |
Produit | ||
|---|---|---|---|
| un an | un mois | ||
| Plus-value | 120 | 10 | |
| Salaires | 20 | 120 | 10 |
| Matières | 30 | 120 | 10 |
| Équipements 3 ans | 180 | 60 | 5 |
| Équipements 5 ans | 450 | 90 | 7,5 |
| Bâtiment | 600 | 30 | 2,5 |
| total | 1 280 | 540 | 45 |
| dont amortissements | 180 | 15 | |
Le taux de profit est p’ = (120 × 100)/1280 = 9,375 % et la composition organique c/v = 1260/20 = 63.
Le schéma de la plus-value :
| c | v | ||||
| c | v | pl | |||
devient (une ligne, après les titres, représente un mois) :
constantvariablefixecirculantà 20 ansà 5 ansà 3 ansmatières
premièressalairesplus-value(2,5 M)(7,5 M)(5 M)(10 M)(10 M)(10 M)20 M30 M180 M450
M…(36lignes)…(60lignes)600M…(240li)
(Table que je dois encore reconstituer.)
Le taux de profit p’ est proportionnel au taux d’exploitation ou taux de plus-value pl’ et il diminue quand la composition organique c’ augmente :
| p’ | = | pl | = |
|
= |
|
= | pl’ | ~ | pl’ | ||||||
| c + v |
|
|
c’ + 1 | c’ |
Nous avons examiné la productivité du travail comme rapport entre la quantité produite et le temps nécessaire. Comme les capitalistes s’intéressent à l’argent, ils comparent la quantité produite à ce que ça leur a coûté, en force de travail, et même en tout. Les capitalistes considèrent plutôt la productivité des facteurs : le rapport de la quantité produite au coût des facteurs de production. La mécanisation diminue le coût du facteur travail (relativement au produit) mais augmente le coût du facteur équipement (amortissement + entretien et réparations). La mécanisation idéale pour le capitaliste serait celle qui minimise le coût de production comme dans la figure donnée ci-dessous.
L’idée est reprise à un document de Citroën cité par Tom Thomas. J’ai reconstitué le graphique à ma manière. Attention, c’est Citroën qui parle ici, ce n’est pas moi !
| « | Productivité | = | volume de production |
| masse salariale + amortissements + coûts d’entretien |
La mécanisation implique des investissements d’autant plus élevés, des frais d’amortissements et des coûts d’entretien d’autant plus importants que les moyens envisagés sont plus compliqués.
Ces éléments interviennent au dénominateur, démontrant à l’évidence que la mécanisation n’est pas toujours la meilleure façon d’accroître la productivité.
Appliquée de façon exagérée, elle peut parfois conduire l’entreprise à la ruine.
La solution optimale est souvent une solution intermédiaire comme le montre la figure ci-après :

La figure montre que plus on mécanise un processus, plus on réduit le coût de main d’œuvre, mais plus on accroît les coûts d’amortissement et d’entretien des équipements.
La courbe de coût total passe par un minimum qui n’est pas nécessairement la solution la plus mécanisée. »
Je ne suis pas convaincu de la justesse de ce raisonnement. Même si le minimum des coûts donne un plus grand profit, comme on a plus d’immobilisation, rien ne dit que le taux de profit n’aura pas diminué.
Transferts de plus-value entre entreprises d’un secteur, entre secteurs. Le taux de plus-value et la composition organique diffèrent selon les branches et les entreprises. Donc aussi le taux de profit. Les capitaux se déplacent évidemment vers les branches qui assurent le meilleur taux de profit, ce qui en retour fait baisser les prix dans ces branches (et remonter les prix dans les branches abandonnées). Il se forme ainsi un équilibre des prix où le capital bénéficie d’un taux de profit moyen. L’écart de ces prix à la valeur constitue un transfert de plus-value d’une branche à l’autre.